5.0

Cool

  • Un grand classique
  • Narration inventive
  • Des gags toujours drôles…

Pas cool

  • … d'autres difficiles à saisir
John Kay
Prenez un chat, une souris, un chien, ajoutez-y matraque et brique, et vous obtenez les ingrédients essentiels de Krazy Kat, série de comic-strips réalisée par George Herriman. Créé en 1913, le personnage fête son centième anniversaire cette année. L’occasion pour Les Rêveurs de publier le deuxième recueil de ses aventures parues sous forme de strips dominicaux, voire quotidiens, entre 1930 et 1934.
Krazy Kat

L’ouvrage est beau et imposant

Krazy Kat – dont le sexe est indéterminé, d’où une joyeuse ambiguïté –, est amoureux de la souris Ignatz, qui le lui rend à coups de briques dans la tronche. Le pauvre chat n’y voit nulle intention belliqueuse, bien au contraire, ce que perçoit d’un autre œil le sergent Pupp, qui passe son temps à courir après Ignatz, résolument abonné à la prison. Pour Krazy, candide comme tout, tout cela n’est que chamailleries bon enfant.

« Art Spiegelman décrit la bande dessinée Krazy Kat comme “cubiste”, parce qu’elle raconte toujours la même histoire sous de multiples facettes différentes, à la manière dont Picasso ou Braque représentaient une guitare. », lit-on dans L’Art de la bande dessinée, paru chez Citadelles & Mazenod. Effectivement, Ignatz ne passe jamais longtemps en prison, file se fournir chez Kolin Kelly, vendeur de briques de Coconino County, avant de balancer son projectile vers un Krazy pas rancunier du tout, tandis que veille le bon flic. Jouant avec ces contraintes, que l’on retrouve dans l’essentiel des strips, Herriman déploie des trésors d’inventivité pour faire varier la situation, donnant dans le gag sonore, visuel – avec un fantastique crabe qui parle à l’envers ! –, le non-sens, multipliant les innovations narratives et trouvailles de dessin, avec des expérimentations dans le découpage, la mise en espace, pour toujours plus enrichir son mécanisme de base. De temps à autre, il fait appel à de nouveaux personnages pour triturer son triangle de héros, ainsi l’idylle temporaire entre Krazy et Monsieur Kuku.

herriman

George Herriman

Sidérant sur le plan graphique, le travail de l’auteur l’est aussi sur les dialogues, parfois simples et savoureux « C’est la manière brute dont vous usez du matériau brut qui rend le sergent Pupp si brute avec vous », ils peuvent aussi être d’une complexité folle, mêlant plusieurs langues à de l’argot, ce dont est parvenu à rendre compte le traducteur Marc Voline, au prix d’un travail qu’on imagine casse-tête en diable. Du coup, si certains strips paraissent nébuleux, compte tenu des références parfois datées – certains gags sont recontextualisés en fin d’ouvrage –, la plupart d’entre eux sont d’une étonnante modernité malgré leurs 79 à 83 ans d’âge.

Avec ce deuxième opus, qui reprend le travail de restauration effectué par les éditions Fantagraphics, Les Rêveurs poursuivent la réhabilitation de Krazy Kat en langue française, après avoir reçu le Prix du Patrimoine en janvier dernier au festival d’Angoulême. Deux autres recueils – en couleur ! – paraîtront en 2014 et 2015, regroupant les strips parus de 1935 à 1939, puis de 1940 à 1944.

Krazy Kat #2 – 1930-1934, George Herriman, Les Rêveurs, 35 euros, 24 octobre 2013.

KrazyA
Krazy C
Krazy B

Illustrations © Les Rêveurs, 2013, pour l’édition française.

A propos de l'auteur

John Kay

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Je suis capitaine de Wartmag.com et journaliste au mensuel BD Casemate.

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