Claymore : une mauvaise argile

Claire et pure comme de l’eau de roche ? Dans l’esprit des fans de Berserk, le galbe de la nouvelle céramique proposée par Glénat sonne faux. La publicité, lancée en amont par des fans, abondait dans le sens où cette série formerait un pendant au baroque et mythique manga de Kentaro Miura. Mais la déception est à la fois grande et logique. Incursion dans le procédé de fabrication de ce golem de baudruche.

Claire appartient à une caste réunissant des femmes mi-humaines, mi-démones que la plèbe dénomme “Claymore”. Outre une formidable puissance, chacune de ces donzelles vit sous une épée de Damoclès. Au cours de leurs combats, elles doivent éviter d’être totalement possédée par les pouvoirs démoniaques qu’elles déploient. En détruisant leur part d’humanité, elles risquent de devenir à leur tour une proie pour leurs congenères. Une existence difficile pour ces arroseuses arrosées. La jeune fille que nous suivons erre dans un univers néo-médiéval où sa mission consiste à abattre des démons chafouins ayant prit l’apparence d’humains dans plusieurs villages d’une région indéterminée

Les similitudes avec Guts de Berserk sont troublantes. Ces deux anti-héros possèdent une épée démesurée, sont des solitaires, se déchaînent dans les combats, se trouvent un semblant de compagnie, doivent veiller à ne pas franchir la ligne jaune et se cherchent une destinée. La comparaison s’arrête là. Le reste est assez éloigné, essentiellement dans un graphisme sec et sans vie où les personnages sont trop typés et finissent par se ressembler. Viols et geysers d’hémoglobine sont soigneusement évités ou suggérés à tel point que les scènes d’actions sont mal découpées et fuyantes. Comme si les besognes de Claire ne valaient pas le coup d’obtenir plus de longueur, de dynamisme et de suspense… L’univers dans lequel Claire évolue manque de précision et lasse le lecteur qui ne trouvera pas forcément le courage de plonger tête première et voguer, comme dans Berserk, sur une nef de fous au milieu d’un océan foisonnant de paysages fortifiés, de plaines désolantes et de second couteaux charismatiques tout à fait alléchants.

L’autre différence entre les deux titres se situe dans le genre. Claymore est un shônen destiné aux enfants et aux jeunes adolescents. La série est prépubliée dans la version mensuelle de la revue Shônen Jump. Ce magazine est connu pour sa fabrication hebdomadaire d’épisodes mainstream, donnant peu de temps pour enrichir des backgrounds ou une ambiance réfléchie et tortueuse dans les relations entre les personnages. Toutefois, des séries de ce magazine ont réussi à dépasser ces contraintes comme Death Note.

En dépit de cette platitude narrative et figurative, le lecteur acceptera sans doute un délai de rattrapage pour les prochains volumes. Cette terre cuite aurait dû prolonger son temps de finition dans le four pour en sortir plus indestructible envers les critiques et ainsi créer un feu ardent, capable de prolonger le plaisir mediéval que Glénat a su réchauffer avec Berserk