Des lectures en janvier (1)

LES FUNERAILLES DE LUCE

Tient-on là un des chefs d’œuvre de 2008 ? Faut voir. Si ce one-shot de Benoît Springer conquiert par sa sensibilité et sa justesse, le trait en noir et blanc n’est pas en reste pour nous plonger dans un décor champêtre où se mêle mort, amour, enfance et vieillesse. Les lecteurs de Trois Ombres et des Petits Ruisseaux retrouveront ici des thèmes abordés dans ces ouvrages de Pedrosa et Rabaté, atténuant ainsi l’effet de surprise de certaines scènes des Funérailles de Luce. Pour autant, l’émotion et la candeur qui émanent de l’œuvre en font, au moins, un des albums inévitables de ce mois de janvier.
En deux mots : Boite à images
De Benoît Springer aux éditions Vents d’Ouest – 80 pages – 15 €

LOU T4

En décidant de faire grandir son héroïne, Julien Neel relevait un drôle de pari dans la collection Tchô. Là où l’incontournable Titeuf ne vieillit pas d’un pouce depuis 11 albums, la charmante Lou passe de l’enfance aux prémisses de l’adolescence en seulement 4 tomes. Nommé Idylles, ce nouvel opus met en scène l’héroïne et sa bande de copines découvrant les premiers amours de vacances dans une luxueuse villa proche de la côte. Enchaînant humour et tendresse, l’auteur signe un album en tout point brillant et fait preuve d’un talent hors pair pour rendre attachant le moindre de ses personnages.
En deux mots : Divines Idylles
De Julien Neel aux éditions Glénat – 46 pages – 9 €

DMZ T2

Après un exceptionnel premier volume, DMZ est de retour avec un copieux deuxième tome écrit par Brian Wood sur des dessins de Burchielli et Donaldson. Autant dire que toute la culture post-apocalyptique est présente avec son lot de morts violentes, de journalistes véreux, de militaires manipulateurs et autres joyeusetés privilégiées en temps de guerre. Dommage qu’un ersatz de reporter providentiel, à la silhouette de Lara Croft, vienne faire tâche dans le tableau… C’était presque parfait.
En deux mots : Arrêt sur images
De Wood, Burchielli et Donaldson, aux éditions Panini – 168 pages – 14,50 €

LA LEGENDE DU GRAND MORT T1

Nouveau récit de Régis Loisel aux éditions Vents d’Ouest, Le Grand Mort se dévoile enfin aux yeux des lecteurs après quelques péripéties éditoriales. Secondé au scénario par Jean-Blaise Djian, Loisel offre une vision bucolique et fantastique de la campagne bretonne où deux jeunes gens que tout oppose, comme le veut la formule, sont obligés de faire cause commune. Dessiné de belle manière par Vincent Mallié, ce premier tome pose les bases du récit, trace quelques pistes, mais ne réussit jamais à totalement convaincre. La faute à un rythme nonchalant et au peu d’idées glissées le long des 64 des pages qui constituent l’album.
En deux mots : Mort lente
De Loisel, Djian, Lapierre & Maillié aux éditions Vents d’Ouest – 64 pages – 13 €

YUMIHARI T1

Nouvelle série, Yumihari propose un monde aquatique à tendance apocalyptique, dans la veine du film Waterworld, sans cesse mis à mal par des phénomènes temporels. Comme toute fiction qui joue avec les époques et les paradoxes, un temps d’adaptation est nécessaire avant de bien appréhender le scénario mijoté par Hitoshi Tomizawa. A la galerie de personnages forts et originaux dépeints dans le livre s’y ajoute un univers mêlant Histoire et science fiction. Soit un cocktail original qui vaut le détour pour qui n’a pas peur de voyage dans le temps.
En deux mots : Failles Temporelles
De Hitoshi Tomizawa aux éditions Dargaud (Kana) – 190 pages – 7 €

DANS LES VILLAGES T7

Cabanes continue d’aborder le sujet de la schizophrénie de l’auteur de BD, devenant dépendant des (més)aventures de ses (anti)héros. Las, le dessinateur semble avoir fait à la hâte ce septième tome, voulant remettre le couvert sur cette ambiguïté pour régler les problèmes naissants avec sa femme. L’histoire de ses héros est donc reléguée au second plan pour laisser place à l’amnésie et la déprime maladive de l’auteur/narrateur. Avec un dessin aussi relâché que dans l’album précédent, on se demande si Cabanes n’aurait pas mieux fait de clore sa série phare à l’excellent tome 5.
En deux mots : Schizo freine
De Cabanes aux éditions Dupuis – 60 pages – 10 €

LE JOURNAL

Après 10 années d’absence, Serge Clerc revient à la bande dessinée avec Le Journal, l’histoire du mensuel Metal Hurlant raconté avec un Jean-Pierre Dionnet en personnage principal. Si les anecdotes font mouche, la densité de l’œuvre et son rythme épileptique plombent la lecture, passé le premier quart. Un parti pris anti-fluidité, consacré par la patte graphique de Clerc et ses découpages incisifs, à apprivoiser pour parvenir au bout de ce récit qui ne manquera pas d’interpeler les anciens lecteurs du magazine culte.
En deux mots : La véritable histoire de Métal
De Serge Clerc aux éditions Denoël Graphic – 230 pages – 25 €

EDGE

Sur le papier, Edge a de quoi faire saliver : 15 artistes japonais et 15 autres européens réalisent chacun une illustration en double page sur le thème du samouraï du futur, pour un ouvrage édité simultanément au japon et en Europe. En vrai, trop peu de dessins sont époustouflants, minés en plus par la tranche de l’ouvrage qui rogne une bonne part des compositions et par un prix de vente de près de 30 € ! Malgré l’ambition du projet, le résultat ne pourra que décevoir les amateurs de métissage culturel.
En deux mots : Blunt
Un collectif aux éditions Dargaud – 65 pages – 29 €

Précédents albums.