Flesh for the Beast, la renaissance.

Bien que nous ne vous ayons parlé que de vieux films durant les précédents week-ends, ne vous y trompez pas : la série Z n’est pas un mode de vie désuet, au même titre que les chemises en jean boutonnées jusqu’au cou ou les décos kitsch. Bien au contraire, ce style, ou plutôt cet état d’esprit (ça y est, les mots, comme les dés, sont jetés), est encore très vivace chez de nombreux fans, dont certains réalisateurs (nous parlions encore il y a peu de Mike Mendez) Parmi eux, l’américain Terry West nous a gratifié il y a quelques années déjà, en 2003, de ce que je n’hésiterai pas à qualifier de véritable petit bijou : Flesh for the Beast.

Flesh for the Beast respecte tous les codes du genre, à commencer par un scénario quasi-inexistant. Le plot peut ainsi se résumer en une phrase : une équipe de six chasseurs de fantômes option médiums (le BRAM) est embauchée par un châtelain (M. Stoker) pour exorciser sa demeure. Dès les premières secondes de l’introduction, nous sommes prévenus : le film sera frontal, gore, et intense. De fait, il ne faut pas plus de quelques heures pour que la presque intégralité de la troupe soit sujette aux délicieuses surprises que leur réservent les démons du domaine, des succubes. C’est sans doute là le point le plus symbolique du film. West a pris pour sujet le cocktail Molotov du cinéma, le mélange instable et contre-nature, le fantasme ultime des geeks boutonneux à lunettes : des démons femelles anthropophages avides de sexe. Sexe, violence et gore, voilà bien de quoi attiser toutes les convoitises !

Non content d’avoir trouvé le sujet idéal pour une série Z, West lui réserve, en plus, un traitement de faveur. Il faut dire que ce réalisateur, producteur, acteur et auteur n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 2001, il a participé à pas moins de 12 films du genre, soit environ la moitié de son œuvre. En bon fan, West non seulement applique consciencieusement les codes, mais aussi joue avec eux, avec il est vrai une réelle dextérité. D’un côté, on retrouve le groupe d’aventurier classique, comportant entre autres le black costaud, la nana mignonnette, le chef paternaliste et l’abruti fini ; de l’autre, les habitudes quant aux survivants sont chamboulées, et la fin du film, bien qu’attendue (dans le contexte), sort des sentiers battus. De même, tandis que les morts s’enchaînent sur un rythme convenu, l’originalité de celles-ci satisfait nos esprits malsains. Les références et clins d’œil sont nombreux (dont le magistral « BRAM Stoker » que vous n’aurez pas manqué de relever plus haut) et la réalisation est classique, statique, fournie en plans-séquences.

Au final, ce film est un véritable ravissement car il apporte un coup de jeune au genre de la série Z. Les dialogues sont aussi profonds qu’auparavant, voire plus, dignes d’Audiard parfois (« Fuck me harder ! »), et les effets spéciaux… Et bien, le sang coule à flot de manière réussie, et c’est tout ce que l’on demande. Le film parvient même à réaliser la performance de nous faire frissonner, au premier visionnage bien entendu. Sans provoquer de fou rire grâce à son traitement de fond soigné, le film s’assurera une place de choix dans votre vidéothèque. Pour une fois que l’on vous parle d’une œuvre encore trouvable en vidéo-club, que demande le peuple ? Une dernière chose est toutefois à noter : si vous le pouvez, assurez-vous bien d’avoir la version non censurée, plus longue de 4 minutes 30, dans laquelle l’intégralité des scènes sanglantes a été conservée. Il n’est rien de plus frustrant que de savoir que l’on passe à côté d’un bon jet d’hémoglobine !

Bill Razor