Green Class #1 fait feu de tout bois

Imaginez un peu : vous passez deux semaines en classe verte, au fin fond du bayou de Louisiane, et le monde tel que vous le connaissiez a complètement disparu à votre retour. La faute au HBV2, un virus transformant ses victimes en créatures agressives et contagieuses, dont le look évoque un mélange entre le gentil Groot des Gardiens de la galaxie et les méchants Claqueurs du jeu vidéo The Last of Us.

Déjà peu emballés par deux semaines coupés de tout pour étudier des amphibiens, les Canadiens Beth, Sato, Linda, Noah, Lucas – QI de 145 s’il vous plaît – et Naïa se retrouvent sans rien y comprendre dans une Nouvelle-Orléans vidée d’une grande partie de ses habitants. Et où les esprits s’échauffent, puisque les autorités tirent à vue sur les porteurs d’un virus contenant « les séquences génétiques de tout ce que la nature a réussi à faire de mieux dans le règne animal et végétal ». Autant dire que la situation va virer à l’explosif lorsque l’un des adolescents de la petite bande va montrer les premiers signes de contagion. 

Si aucun vaccin n’existe pour guérir ce mal a priori irréversible, les scientifiques sont tout de même parvenus en un temps record à stabiliser l’état mental des malades (mais pas leur transformation physique). Plutôt que laisser un de leurs copains sur place, les jeunes choisissent de rester aux États-Unis et de se serrer les coudes façon tribu soudée. Un état d’esprit indispensable pour affronter ce monde nouveau où l’humanité a déjà pris ses cliques et ses claques, faisant place nette aux pillards et contaminés déchaînés.

La façon dont ces adultes en devenir s’adaptent à la nouvelle situation fait une grande partie de l’intérêt de ce premier tome, dont le casting est d’abord apparu sur l’Instagram de David Tako, avant que Jérôme Hamon ne le rejoigne pour développer cet univers en bande dessinée. Cette méthode hors-norme pour construire le projet explique peut-être pourquoi la vitesse à laquelle le monde a changé paraît, hélas, peu crédible. 14 jours, c’est court pour qu’un monumental mur d’enceinte entoure quasiment La Nouvelle-Orléans, pour que les scientifiques aient eu le temps d’expérimenter divers protocoles, pour que certains se soient si vite abandonnés à leurs bas instincts. Tout, dans ce que David Tako nous donne à voir et Jérôme Hamon à lire donne l’impression qu’il s’est écoulé 6 mois à 1 an depuis que les ados ont été coupés du monde lors de leur excursion. 

Heureusement, le développement de la catastrophe importe moins que le soin porté à chacun des membres de la bande d’ados, « âge où on peut faire le choix de s’investir ou non dans le monde réel. Cette question va se révéler cruciale pour nos héros. Elle est au cœur de l’histoire », explique le scénariste. Si la façon dont le monde a changé radicalement a de quoi bousculer l’immersion, elle revient vite au galop, en particulier dans le dernier quart du livre, s’achevant par un cliffhanger alléchant. Il ne faudra heureusement pas attendre très longtemps avant d’en connaître la suite, puisque le deuxième Green Class est attendu début février 2020, et sera disponible en avant-première au festival international de la bande dessinée d’Angoulême, sur le stand du Lombard.

En proposant ce premier tome à 12,45 €, l’éditeur sait d’ailleurs faire du charme sans lésiner sur la fabrication, puisque l’album bénéficie d’une couverture à effet texturé et de cinq pages de bonus graphiques. Reste à voir où Tako et Hamon comptent nous mener, laissant présager beaucoup de changements à l’issue de ce premier volume bien rempli. Et si Monsieur Denis, à l’origine de cette classe verte, donnait la clé de l’histoire dès la première planche ? « Évoluer ou disparaître… telle est la dure loi de la nature. » 

P.G.

Green Class #1,
Pandémie,

David Tako, Jérôme Hamon,
Le Lombard,
72 pages,
12,45 €,
15 février 2019.

Images © Le Lombard, Tako, Hamon.