Interview : Cyril Pedrosa – Syndicat des Auteurs de BD

C’est officiel ! Depuis le 16 février 2007, les auteurs de bande dessinée ont un groupement au sein du Syndicat National des Auteurs et Compositeurs (SNAC). Avec pour rôle principal de représenter, d’informer et de défendre les auteurs, ce groupement fondé par une dizaine d’entre eux dont Arleston, Bajram, Chauvel, Vehlmann ou Trondheim s’ouvre aux auteurs de BD, y compris les coloristes au statut toujours trop minoré, ayant signé au moins un contrat d’édition.

La cotisation annuelle s’élève à 79€, pour ne pas dire 80, et donne droit à une réduction d’impôts (avis à ceux qui l’ignoreraient). À cette occasion, nous sommes allés poser quelques questions à Cyril Pedrosa, un des représentants officiels du Syndicat, à découvrir sur notre site en attendant la version intégrale à venir dans notre prochain numéro PDF.

À ce jour, le syndicat BD, indépendant de l’Association des Auteurs de Bande Dessinée (ADABD), réalise une action auprès des Humanoïdes Associés dans une affaire de retards de paiements de droits. Les tenants et aboutissants sont à découvrir sur le site officiel du Groupement des Auteurs BD.

En PDF, le communiqué avec toutes les informations sur ce nouveau groupement syndical.

Wart : Comment et pourquoi est né le Syndicat ?
Cyril Pedrosa :
Le projet de création de syndicat est assez ancien dans la profession, avec plusieurs tentatives par le passé qui n’ont malheureusement pas tenu sur la durée. À tel point que c’est devenu un peu un « vieux serpent de mer »… Depuis quelques années, l’ADABD a pourtant réussi à recréer du lien et de la solidarité avec les auteurs, mais ne souhaitait pas quitter sa structure associative pour évoluer vers un syndicat d’auteurs. Nous étions une poignée, la plupart adhérents de l’ADABD, à penser que l’absence d’organisation professionnelle syndicale nous limitait dans nos actions, et dans une certaine forme de représentation des auteurs. Nous avons donc décidé, il ya un an, de travailler sur la création d’une structure qui prenne le relai, là où s’arrête l’action de l’ADABD : une structure capable de négocier auprès des partenaires, de revendiquer une représentation de la profession des auteurs de bande dessinée (et pas seulement de ses adhérents), pour défendre les intérêts des auteurs (du soutien personnel, à la représentation collective, pour le statut des auteurs ou dans le cadre de négociations pour porter des revendications professionnelles).

La crise traversée par les éditions Dupuis l’an dernier a été un moteur, ou une prise de conscience, supplémentaire, nous nous sommes rendu compte que dans ce type de situation les auteurs de bande dessinée étaient mal organisés, en difficulté pour revendiquer une représentation, mais aussi pour avoir du recul, des outils pour comprendre et réagir si besoin avec efficacité.

Enfin, pour être tout à fait précis, nous n’avons pas « créé » un syndicat, nous avons décidé (après avoir étudié l’ensemble des « possibles ») de créer un « Groupement des Auteurs de Bande Dessinée » au sein du Syndicat National des Auteurs et Compositeurs (SNAC), qui lui existe depuis une cinquantaine d’années.

Le groupement au sein du SNAC a-t-il un rapport avec l’Association des Auteurs de Bande Dessinée (ADABD) ?
L’ADABD a clairement posé les fondations d’une organisation des auteurs : cette association a beaucoup fait (et fait encore) pour redonner aux auteurs le goût du partage (en créant des forums d’échange, de réflexion, en organisant des séminaires, etc.). Je suis, comme d’autres auteurs du syndicat, toujours adhérent de l’ADABD, mais nous n’avons pas de liens structurels, ce sont deux entités distinctes et chaque auteur est bien entendu tout à fait libre d’adhérer à la structure de son choix, ou de ne pas adhérer du tout bien sûr !

Mais il est évident que nous avons envie de travailler ensemble sur des tas de projets que nous avons en commun. Nous partageons le même objectif, par des moyens différents: la défense de l’intérêt des auteurs.

Dans ce cadre, est-ce que les réflexions et projets entamés au sein de l’ADABD (comme la charte des festivals par exemple), seront repris par le syndicat ?
Oui, des projets portés par l’ADABD seront soutenus par le syndicat : nous travaillerons ensemble, en apportant notre regard syndical. La charte des festivals est un très bon exemple. L’ADABD a créé ce document, très bien fait, qui est une sorte de manuel de savoir-vivre à l’usage des festivals. Il me semble que le travail d’un syndicat est de réfléchir à la place que prennent les dédicaces dans l’activité professionnelle des auteurs, de clarifier les objectifs de ces dédicaces (animation culturelle ? Promotion du livre ? De l’auteur ? De la maison d’édition ? Etc.), et de convenir avec les partenaires d’une règle commune : dédicace rémunérée ou pas, par qui, dans quel cadre ? Nous n’avons pas de réponses préétablies, mais il nous semble qu’il est temps de se poser ces questions.

Quel sera son premier objectif ?
Le premier objectif est d’assurer pleinement, avec sérieux et le plus d’efficacité possible, le travail « de base » d’un syndicat : répondre aux sollicitations des auteurs, les conseiller, les aider et les représenter lorsque c’est nécessaire. Nous avons, par exemple, dû rapidement réagir et nous mettre au travail, avec l’aide, l’expérience, et les compétences du SNAC, pour essayer d’intervenir de façon constructive auprès de la direction des Humanoïdes Associés pour relayer les questions et sollicitions de certains auteurs. C’est un travail en cours, qui pour l’instant se passe
très bien, dans le calme et le dialogue, et dont nous espérons obtenir rapidement des résultats concrets pour les auteurs.

Le deuxième objectif est de rencontrer nos partenaires professionnels et institutionnels, pour nous présenter, créer de bonnes conditions de dialogue, et commencer à mettre en œuvre avec eux un certain nombre de chantiers, en priorité sur le statut social et fiscal des auteurs de bande dessinée (notamment celui des coloristes dont je parlais précédemment), mais sans doute aussi sur certains points liés à l’exploitation de nos œuvres, les cessions de droits, les supports de diffusion, etc. Mais il est trop tôt pour en parler plus précisément: ce serait faire des « effets d’annonce », et ce ne serait pas sérieux !

Comme tout syndicat, votre moyen d’action privilégié est le dialogue. Mais en cas de blocage, est-il envisageable que le syndicat se lance dans d’autres types d’action ? En clair, en cas de crise, peut-on s’attendre un jour à une grève des auteurs ?
Une grève des auteurs du livre ça n’aurait pas de sens. D’abord, nous ne sommes pas salariés des éditeurs (le droit de grève fait partie du code du travail des salariés), et si un auteur n’envoie pas de pages pendant 5 mois (au passage donc, sans gagner d’argent), ça va « préoccuper » son éditeur, mais ça ne sera pas de nature à l’influencer dans une négociation… Bref, ce serait exposer et fragiliser bien inutilement les auteurs. Dans la presse, c’est différent
!)

Plus sérieusement, nous ne sommes pas naïfs. Nous avons l’habitude de négocier des contrats, et nous savons que cela passe aussi par un rapport de force (votre poids « commercial », votre « notoriété », le potentiel du livre, tout ça compte pour négocier un contrat).

Nous aurons à discuter avec les éditeurs, mais aussi avec les ministères de la Culture ou des Finances, etc. Et nous utiliserons tous les moyens nécessaires, y compris en cas de crise, pour défendre les intérêts des auteurs. A nous d’être inventifs, intelligents, et déterminés, pour créer, lorsque c’est nécessaire, un rapport de force qui nous soit favorable.

Propos recueillis par Cubik

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Cyril Pedrosa dans le numéro 13 de Wart, à paraitre prochainement sur www.wartmag.com

La photo de Cyril Pedrosa est © DR. La photo de la réunion est © SyndicatBD.org. Le visuel final est un fond avec des dauphins. On ne savait plus quoi mettre.