Les éditions le Cycliste en difficulté

La surproduction commence à faire des dégâts avec la fragilisation de plus en plus visible des petits éditeurs. Les éditions le Cycliste annoncent leurs soucis financiers en gelant leur programme de parution de fin d’année. Le tome 2 d’Ascensions, l’agréable série de Bouss, est ainsi reporté à l’année prochaine, dans le meilleur des cas…

  1. Pas de problèmes pour discuter de nos choix ou de nos partis pris. Les commentaires sont fait pour !

    Mais ça n’enlève en rien la phrase de la brève, qui si elle avait dû être développée, ne serait plus vraiment une brève 😉

  2. Bon, je le reconnais, l’accusation de « simpliste » était un peu forte. Mais je dois avouer que je trouve un peu trop facile la manière dont les journalistes au sens large reprennent quelques explications avancées par les éditeurs sans toujours argumenter derrière. On a eu les manga l’an dernier (en gardant un silence total sur les responsables de cette invasion), cette année c’est la surproduction … sachant qu’en plus, la surproduction, c’est toujours les autres.

    Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le problème épineux de la distribution. De mes discussions avec certains éditeurs, les départs du Comptoir sont venues de différence d’idées sur les directions à explorer pour essayer d’élargir la diffusion des indés. L’évolution … on attendra de voir, je pense que le Comptoir était une bonne solution à un moment donné, les choses ont changé depuis, visiblement la structure ne répond plus aux attentes de certains. Mais il est vrai que la présence en librairie reste le point essentiel de l’existence des indés.

    Pour la segmentation, mon argumentaire ne visait pas Wartmag en particulier, mais plutôt une tendance un peu générale que l’on constate, jusque chez les amateurs du genre, qui suppose que l’on aime « la BD » en général, et que tous les produits sont indifférenciés. Cf. le rapport de Gilles Ratier qui tous les ans, mélange allègrement torchons et serviettes, dans une grande soupe indifférenciées.
    Sinon, il ne me viendrait pas à l’idée de supposer que le lecteur de bande dessinée est dépourvu d’ouverture d’esprit. Par contre, je refuse de cautionner la position inverse qui suppose que le lecteur de bande dessinée lit de tout, et que lorsque vient la rentrée littéraire, il serait prêt à tout acheter si seulement il en avait les moyens. Il y a des typologies de lecteurs, pour sortir les gros mots, et il serait un peu temps que l’on ose en parler.
    Encore une fois, nulle attaque contre vous, mais plutôt contre l’attitude « par défaut » que l’on peut constater ailleurs.

    Enfin, pour ce qui est de l’offre importante sur Octobre Novembre, je ne suis pas certain qu’il y ait vraiment eu une inflation démesurée des bouquins essentiels à acheter. Il fut un temps où tout ce qui sortait chez les Indés (L’Asso, Fréon, Amok, Ego comme X, etc) était indispensable, où l’on avait peut-être pas les traductions mais où il y avait beaucoup plus de collectifs (Lapin, Le Cheval Sans Tête, Frigobox, Bile Noire, etc). Je ne serais pas étonné que l’on puisse proposer une offre du même acabit que celle d’Octobre-Novembre 2007 avec le cru 2002 … ou même 1997 (même si là, il faudra creuser un peu).

    Et pour revenir au message initial, je préfère de loin votre réponse argumentée et détaillée, qui souligne la complexité du problème, que le lapidaire « la surproduction commence à faire des dégâts » de la brève initiale.
    Cordialement.

  3. Vous dites que nos propos sont simplistes, mais vous m’excuserez, réduire les librairies à d’un côté les spécialisés dans un genre très précis, et de l’autre les chaînes avec des stratégies commerciales agressives en occultant toutes les autres l’est encore plus. Alors oui, c’est de plus en plus complexe de dénicher la production de certains éditeurs (certaines librairies généralistes proposent même plus de titres du comptoir des indés que les librairies BD spécialisées. C’est un fait qui abonde dans votre sens, à savoir celui d’une segmentation marquée entre une certaine idée de la BD, et l’autre.), mais au-delà de la production des éditeurs alternatifs, c’est aussi au niveau de la distribution que ça pêche. Je ne vais pas m’aventurer sur les raisons qui ont poussé certains éditeurs à quitter le comptoir des indépendants, mais on constate une grosse évolution ces derniers temps de ce côté-là. Quand on sait que la distribution est le maillon le plus fort de la chaine du livre, il y a aussi de quoi se poser des questions, même si moi le premier, regrette que le livre soit devenu un « produit » au même titre que les yaourts mamie nova.

    Concernant la segmentation, vous le constatez en parcourant wartmag, ce n’est clairement pas une idée que nous privilégions. Si nous ne sommes pas de ceux qui mettent au même plan la BD industrielle de Bamboo ou de Jungle en vis-à-vis avec les productions de Cornelius, nous pensons que ce n’est pas incompatible de lire une bonne série de SF, autant que le dernier Squarzoni. Pareil pour le cinéma où il n’y a rien de honteux à aimer Lynch et Lucas à la fois.

    Mais pour conclure, même un lecteur qui ne privilégie « qu’un certain type de bande dessinée », s’il a le porte-monnaie non extensible, subit de plein fouet l’offre pléthorique, de qualité. Je reprends en exemple mes potes octobre novembre où l’on peut trouver des titres comme le Acme de Ware, le Fritz Haber de Vandermeulen, les chroniques Birmanes de Delisle, l’oncle Gaby de Tony Millionaire, le Barques de Vincent Fortemps, la ville rouge de Matthys, le catalogue Toyz Comics à l’assoc ou encore le Castle Waiting de Medley, juste quelques titres qui me paraissent essentiels au milieu d’autres nombreux titres « plus commerciaux » qui cartonneront quoi qu’il en soit.

    Tout ça pour dire, que même au niveau de l’offre de la BD dite « indé », un budget moyen doit faire des choix. Et malgré la qualité des bouquins il va y avoir un paquet de morts qu’on ne parviendra même pas à retrouver dans le fond des libraires qui, une fois encore, croulent toujours autant sous les cartons. Alors pour en revenir à votre message initial, je crois vraiment que la surproduction y est pour quelque chose dans les difficultés des petits éditeurs, que ce soit au niveau de leur distribution, de leur durée de mise en vente, ou au fait que même auprès de leur public privilégié, les livres aient du mal a se vendre.

  4. Je continue à être dubitatif. D’autant plus que je précisais que ce n’était pas suproduction ou invasion de plate-bandes, mais des phénomènes simultanés qui touchent les différents éditeurs avec des intensités variables.

    Simplement parce que, en tant qu’acheteur de bande dessinée, je trouve de moins en moins d’endroits où l’on peut trouver des petits éditeurs. En fait, il y a d’un côté les librairies type Super-Héros qui développent tout un fond (et une clientèle) qui s’intéresse à des productions autres, et de l’autre des librairies type Album qui se recentrent sur les titres à grosse rotation et la para-BD beaucoup plus lucrative.

    Ensuite, l’argument comme quoi quinze blockbusters qui sortent dans le même mois font mal au reste — peut-être, mais encore faudrait-il voir de quel « reste » on parle. Je doute fortement que la sortie de l’Adèle Blanc-Sec impacte les ventes de Un Gentil Garçon chez Cornélius, par exemple.
    C’est ce qui me gêne dans ces discussions autour de la bande dessinée, le fait que l’on renie l’idée d’une segmentation, que l’on veuille toujours croire que cela attire les lecteurs de 7 à 77 ans, et que s’il n’y avait pas la sortie des derniers XIII, les lecteurs se rueraient avec enthousiasme sur le reste de l’offre, embrassant pareillement les bandes dessinées sur les Rugbymen, les bouquins de la collection Shampooing, le dernier Soleil ou les productions de l’Association et du FRMK.

    Je suis moi-même un lecteur, et je sais très bien ce qui m’intéresse et ce qui ne m’intéresse pas. Et la sortie d’un gros blockbuster ne changera rien à ma manière de choisir — non, je ne changerai pas mon baril de Donjon contre un baril d’Adèle Blanc-Sec, même si le second est dix fois plus blockbustérisé que le premier.
    Par contre, il est vrai que l’inflation de la production pousse certains libraires à ne devenir que des « metteurs en rayons », et à négliger la richesse de l’offre et de leurs conseils pour se focaliser sur la logistique.

    Enfin, pour la dernière pique sur les titres « indés », je trouve le procédé à la limite du malhonnête. Ou comment dévier la discussion de la survie d’un petit éditeur, avec ses problématiques de petit éditeur, sur un terrain inutilement polémique.
    Sans compter que l’on retombe sur le même problème: les petits éditeurs gardent un rythme de parution qui augmente peu, puisqu’ils restent souvent des petites structures, incapables d’augmenter massivement leur production. Et donc peu à même de se cannibaliser par des sorties trop nombreuses. Par contre, Delcourt a su mettre en place un catalogue Shampooing qui est quasiment pléthorique comparé à sa jeune existence — d’où ces problèmes d’auto-concurrence.

    C’est long, c’est pas forcément très construit, je m’en excuse. Voilà ce qui arrive quand on réagit à chaud.

  5. Je crois que c’est plutôt l’invocation de la venue de gros éditeurs sur les plates-bandes des petits qui relève de la simplification outrancière. Surtout que dans le cas d’Ascensions, il s’agit d’un « 48cc » qui aux dernières nouvelles n’est pas dans un registre envahit par les « faux indépendants ».

    Alors bien sûr, l’avalanche de titres touche la totalité des éditeurs (si on prend le tome 3 d’Idoles paru chez Delcourt on constate une mise en place catastrophique, et lorsqu’il est mis en place c’est directement en rayons…), mais c’est pire pour les éditeurs qui ne sortent qu’une dizaines de livres par an. Il suffit de regarder sur les tables, la « rotation » est telle qu’elle ne laisse que peu de chances aux bouquins, dans le cas où la librairie a décidé de la mise en avant du dit bouquin. C’est regrettable, c’est industriel, la plupart des libraires se transforment en manutentionnaires, mais c’est aussi la réalité. Il faut le dire, à l’heure actuelle se sont les distributeurs qui font un peu la loi et il est difficile d’en vouloir aux libraires qui quoi qu’il en soit croulent sous les cartons, et subissent une mécanique qu’ils ne cautionnent pas forcément.

    Je ne pense pas que la surproduction soit un argument vague et spécieux, mais bien le dénominateur commun à une large part des soucis des éditeurs les moins fort. Si on prend le mois prochain à titre d’exemple, on constate la sortie d’une quinzaine de blockbuster qui a eux seuls explosent n’importe quel budget moyen. Ce sont bien entendu ces titres au gros potentiel commercial –et pas forcement nul à chier- qui seront mis en avant en librairie, laissant une place ridicule à tout le reste que ce soit de la fantasy ou des livres plus « singuliers ». Et au-delà de la simple prise d’espace, c’est peut-être vers ces titres que les lecteurs casseront leur tirelire plutôt que de se lancer vers des aventures plus exotiques qui pourtant le mériterait énormément. (cf. Kaboul Disco)

    Au jeu du livre indé, on se rend même compte que le nouveau Delisle fera sans doute de l’ombre au nouveau Vandermeulen pourtant attendu chez le même éditeur… A moins que ces derniers ne comptent pas pour de vrais livres « indé » ?

  6. Fragilisation des petits éditeurs, sans doute. Mais pourquoi sortir de nouveau l’argument vaguement spécieux de la surproduction?

    La surproduction est sans doute un problème pour les gros éditeurs, mais le problème des petits est plus sur la volonté des gros de venir chasser sur leurs terres, avec en particulier les éditeurs venant du livre traditionnel (Seuil, Bréal, Actes Sud, etc.).
    Les petits éditeurs souffrent de plus de l’approche industrielle adoptée par certains libraires, qui décident de diminuer la part qu’ils leur accordent (pas assez rentable, peu de rotation), quand ils ne la suppriment pas purement et simplement.

    Dégainer l’argument de la surproduction à chaque fois, c’est soit de la paresse de journalise, soit une simplification outrancière et mal renseignée. Ce qui n’est pas surprenant dans un domaine où l’on entretient l’idée que la bande dessinée est un ensemble homogène, que tout se vaut — et qui donne chaque année une polémique dans un sens ou dans l’autre pour les prix d’Angoulême, cherchant toujours à concilier l’inconciliable, dans cet oxymore qu’est le « produit culturel ».

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