Procès hentaï : une petite branlée qui en appellera d’autres…

Sale temps pour les paillards du buffet proéminent et du fessier rebondi. Ce qui est pulpeux pour les uns est devenu juteux pour d’autres. Peu après la révision d’une loi sur le copyright contre les doujin et avant le dressement d’une black list de revue manga « loli » pas lol, la branche professionnelle du hentaï sort abattue de sa première bataille judiciaire avec le verdict de l’affaire Missitsu.

Les faits débutent à Tokyo, au mois d’avril 2002, lorsqu’un parent surprend son enfant et d’autres dans une boutique en train de lire un manga sulfureux, Missitsu (chambre de miel) de Beauty Hair, publié aux éditions Shôbunkan. Au programme de ce titre : des viols, du bondage, du SM et aucun pixel sur les parties génitales comme l’exige la « bienséance ». Le sang « Famille de France » de l’adulte nippon ne fit qu’un tour et s’ensuivit la délation de l’ignominie à un membre de la Diète. L’auteur et le responsable éditorial, Motonori Kishi furent rapidement placés en état d’arrestation pour avoir publié et diffusé 20 000 exemplaires du manga olé-olé.

En janvier 2004, le juge tokyoïte Yujiro Nakatani déclare l’éditeur coupable et le condamne à un an de prison ferme et trois ans de sûreté. La défense argue que le contenu, riche en actes sexuels, ne diffère pas plus qu’un autre produit pornographique (comme le futur one-shot d’Oh!Great chez Iku Comics) et envoie l’affaire vers de plus hautes sphères juridiques. Le 16 juin 2005, la Cour Suprême de Tokyo réduit la peine carcérale à une amende d’1,5 millions de Yens (9 000 euros) auprès du responsable qui décide alors de faire appel. En vain : la cour rejette le 14 juin dernier sa demande et maintient la seconde condamnation. Si l’honneur est moyennement sauf, les ventes ont enregistré une baisse globale de 30% depuis le début de l’affaire.

Une telle condamnation met en lumière les difficultés de l’Etat à déterminer dans la production porno ce qui doit être passible d’une sanction (Article 175 du code pénal) de ce qui peut relever de la libre expression de l’auteur (Article 21 de la Constitution). D’autant plus que le Japon se targue régulièrement d’être l’endroit où le taux de criminalité est le plus bas, la raison résidant sans doute dans l’aspect cathartique qu’apportent certains ouvrages et DVD.

Quoi qu’il en soit, la flagellation faite à Shôbunkan semble lui plaire puisqu’un autre de ses mangas risque de connaître les mêmes affres judiciaires avec la publication en 2005 de Hakkin Shobun : Waisetsu Saiban Part II par Michi Shuppan. Depuis la prise de fonction du Premier Faucon Shinzo Abe, un sursaut judiciaire s’effectue dans un pays jugé jusque là laxiste.

D’s©

Les images sont © Shobunka – Beauty Hair

  1. A titre informatif, on ne parle pas de hentai au Japon mais de ero-manga ou de ecchina manga. Hentai est un terme générique très employé en Europe et non sur l’archipel.

    Merci à Tetho de MATA Web pour la précision.

    D’s©

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