Saint-Malo 2008 : impressions et reportages photos

Ça y est, la 28e édition de Quai des bulles, le premier festival BD de Bretagne, est terminée. À en croire les habitués – comme à chaque fois – cette année fut bonne. Il faut dire que l’endroit a plutôt bonne presse et est très clairement un des événements chouchou des auteurs. Wart était sur place pour couvrir ce rendez-vous à la réputation énorme qui a su rester humble et efficace.

Comme toujours, tout commence par les dédicaces. Les chasseurs de tout horizon ont pu ainsi soulager à loisir leur addiction avec près de 350 auteurs présents, les plus acharnés plantant leur tente devant la porte d’entrée dès 2 heures du matin pour être sûrs d’être bien les premiers dans l’enceinte. Et là, soulagement pour eux (comme pour le reste du public), tout est regroupé dans un seul bâtiment. Si l’espace a des allures de salle des fêtes géante, il se révèle pratique et permet de retrouver facilement la plupart des éditeurs, grands et petits. Lire la (super) suite…

Le vendredi est la journée scolaire, pas étonnant dès lors de voir un bâtiment plutôt vide, tout juste parcouru par de jeunes élèves à la recherche de tout ce qui peut être gratuit. La circulation dans le lieu est aisée mis à part devant le stand Soleil qui, comme à son habitude, accueille un peu contre son gré des files d’attentes constituées de sacs sans leurs propriétaires. Fort heureusement, Vigipirate veille de loin et aucun colis piégé n’aura été à déplorer.

Le reste du week-end aura montré une affluence bien plus conséquente, avec près de 30 000 personnes présentes au cours de la manifestation. Un chiffre impressionnant mais inférieur à celui de l’an dernier et très éloigné des scores du festival d’Angoulême avec sa moyenne de 200 000 visiteurs par an.


À l’expo Ratafia, on joue à Tipiak.

De l’autre côté de la rue, le Palais du Grand Large accueille les expositions et autres animations. Loin d’un bête affichage de planches aléatoires, chaque scénographie a reçu une attention particulière pour mettre en valeur les différents travaux des auteurs. Mieux, l’agencement même des différentes galeries oblige les festivaliers à passer devant les planches d’auteur moins connu pour tout découvrir, à l’image de celles tirées de Bix de Grégory Elbaz, situées sur le chemin de l’expo Aire Libre. Des petits plus qui font le charme des grandes expos sont également à saluer, comme la musique spécialement composée pour l’expo Jung, ou le bateau pirate trônant au milieu des animations pour les enfants autour de l’expo Ratafia. Enfin, certains événements ne se limitaient pas à la BD, comme celui dédié à Zanzim et Anne-Claire Macé, ou celui autour des bovins rectangulaires, Carrément vache.


Les animations ont été également nombreuses à destination de tous les visiteurs. À l’image des projections de longs-métrages animés tout au long du week-end et des tables rondes autour d’un ou plusieurs auteurs. De son côté, les matchabulles ont permis de faire participer activement le public friand de dialogue avec les dessinateurs, dans la joie et la bonne humeur.


Aire libre, 20 ans de qualité.

Bénéficiant d’une excellente mise en scène, recréant entre autre l’univers de son héros créé avec Canales, l’exposition consacrée à l’ibère Guarnido restera comme un élément incontournable de cette édition. En plus de découvrir les travaux de recherche et les planches originales de l’artiste, il était ainsi possible de s’immerger complètement dans l’ambiance feutrée du bureau de Blacksad ou des costumes de Sorcellerie. La qualité des œuvres exposées montre la précision et la minutie de l’auteur, sublimées par l’ambiance de l’endroit, donnant à beaucoup des envies de braquage à l’arraché, fort heureusement retenues.



L’autre point marquant de ce festival, malgré son ambiance conviviale qui se reflétait sur les visages des visiteurs, vient de la cassure apparente au niveau du public. Une situation particulièrement visible autour du stand Ankama. Alors que l’éditeur dispose d’un espace imposant, de merchandising alléchant, d’auteurs disponibles et même de somptueux présents pour les festivaliers, il restera boudé tout le week-end par l’ensemble des spectateurs. Quand on connaît leur succès lors de manifestations comme la Japan Expo, on ne peut s’empêcher de penser qu’il existe désormais deux publics bien distincts pour la BD en France. Et manifestement, celui d’Ankama n’était pas ou peu présent à Saint-Malo. Le manga dans son ensemble était également peu représenté sur place, ce qui a sans doute amené le public plus jeune à préférer le sushi devant la télé au port breton.

Une édition donc bien remplie, certes, mais qui laisse dubitatif quant à l’avenir du public de la BD européenne. Si l’on croisait beaucoup d’enfants dans les allées, peu d’ados étaient en vue. À se demander qui nourrira les mouettes dans 10 ans.


Le Palmarès 2008 :

Comme chaque année, Saint-Malo s’embarrasse peu de catégories qui désobligent autant les lecteurs que les auteurs, et récompensent les artistes plutôt que les livres. Cosey reçoit donc le bonnet d’âne pour l’ensemble de son œuvre. Le ballon rouge qui encourage un jeune dessinateur a été remis à Bastien Vivès (Le Goût du chlore, Elle(s)…) et le petit Robert qui couronne un scénariste a été attribué à Mathieu Sapin. Comme le veut la tradition, les trois lauréats devront respectivement s’acquitter de l’affiche, la carte postale et l’édito de l’an prochain.

Des prix annexe au festival ont également été décernés durant cette édition. Le Roi de mouches T2 repart  avec le prix Le Point, et Martha Jane Cannary avec le prix Ouest France.


Carrément vache, une expo vachement fun.


Ambiance dorée pour Peau de miel de Jung.

Toutes les photos sont © Wartmag.com

  1. L’e-book en BD ça reste pour moi très casse-gueule. Parce qu’aussi bien restituées soient les couleurs – on en est loin – impossible de proposer des pages en vis-à-vis dignes de ce nom. Bref, ça bride pas mal niveau mise en page et je pense que la BD est un genre particulièrement protégé de ce côté-là. Du moins, pour le moment.

    Reste que, comme je le raconte pour le Cathy’s book, viendra un temps où c’est avec de petites innovations ou de bonus bien « physiques » que le livre papier sera à l’abri du tout numérique. L’aspect fac-similé (qui va des trucs du Cathy’s book aux faux journaux de guerre pour Tardi chez Casterman) est un argument très fort, je crois.

  2. Quand Cubik dit : « Une édition donc bien remplie, certes, mais qui laisse dubitatif quant à l’avenir du public de la BD européenne. » il soulève là un vrai problème de fond… et il a bien raison… Même si le problème est bien plus vaste qu’une question de géographie, le livre dématérialisé (comprendre e-book)venant vers nous à la vitesse de la lumière…

  3. je pense que a paris un ado de quatorze a 18 ans (c’est pour les besoins de la demo)
    peut aller seul ou se tient le japan expo (que je sais pas ou c’est)
    et paris c’est onze millions d’habs je crois

    a saint malo faut pouvoir y aller et y’a 50 000 habs je crois

    donc de fait le public qui vient est plus agé donc franco belge

  4. Bien sur, mais on aurait plus s’attendre à nettement plus conséquent. Surtout quand on voit le succès remporté par Ankama lors de manifestations telles que la Japan Expo. La différence entre les deux est frappante et assez inquiétante.

  5. Ben, je suis passé assez souvent devant le stand (on tourne beaucoup en rond), et même s’ils avaient quelques personnes en permanence devant eux, je ne qualifierai pas cela de foule. Compte tenu des moyens déployés, on ne peut pas dire que l’audience était à la même hauteur. Alors il y a eu du passage, oui, mais de foule, je ne dirai pas ça.

  6. bonjour
    merci pour le reportage et les photos
    je reagis juste a ceci

    L’autre point marquant de ce festival, malgré son ambiance conviviale qui se reflétait sur les visages des visiteurs, vient de la cassure apparente au niveau du public. Une situation particulièrement visible autour du stand Ankama. Alors que l’éditeur dispose d’un espace imposant, de merchandising alléchant, d’auteurs disponibles et même de somptueux présents pour les festivaliers, il restera boudé tout le week-end par l’ensemble des spectateurs. Quand on connaît leur succès lors de manifestations comme la Japan Expo, on ne peut s’empêcher de penser qu’il existe désormais deux publics bien distincts pour la BD en France. Et manifestement, celui d’Ankama n’était pas ou peu présent à Saint-Malo. Le manga dans son ensemble était également peu représenté sur place, ce qui a sans doute amené le public plus jeune à préférer le sushi devant la télé au port breton.

    Une édition donc bien remplie, certes, mais qui laisse dubitatif quant à l’avenir du public de la BD européenne. Si l’on croisait beaucoup d’enfants dans les allées, peu d’ados étaient en vue. À se demander qui nourrira les mouettes dans 10 ans.

    Alors je n’etais pas present le vendredi
    mais le samaedi et dimanche il y’avait foule pour des les dessinateurs de mutafukaz et dofus

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