T for TROUBADOUR IV – Les BLACKS dans le COMICS, part TWO

Quid des BLACKS créés ces dernières années ? Si vous ne vous posez pas la question, vous devriez, car je vais y répondre… maintenant.
Il y a quatre personnages BLACKS qui ont marqué à jamais le monde du COMICS.
• MARTHA WASHINGTON dans GIVE ME LIBERTY (MILLER & GIBBONS)
• NAT TURNER dans NAT TURNER (KYLE BAKER)
• JOHN HENRY dans NEW FRONTIER (DARWYN COOKE)
• ISAIAH BRADLEY dans TRUTH (MORALES & BAKER)

Kyle BAKER a d’ailleurs gagné un Eisner Award pour TRUTH (et des tonnes d’autres aussi, les BAKER ont même été obligés d’acheter une deuxième cheminée pour mettre tous les trophées du PAPA). TRUTH est la véritable histoire du premier CAPTAIN AMERICA. ISAIAH BRADLEY, un jeune black incorporé après l’infâme PEARL HARBOR. L’US ARMY se servira de lui comme cobaye et fera des tests pour mettre au point le sérum de SUPER SOLDAT, qui sera filé à ce grand blond de STEVE ROGERS pour qu’il devienne « le » CAPTAIN AMERICA. Toute une section de soldats noirs va y passer avant que le sérum fonctionne : comprendre que le sujet n’explose pas.
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TRUTH est truffé d’anecdotes historiques sur des passages très peu connus de l’Histoire américaine, comme les émeutes raciales à Washington en 1919. La liste d’ouvrages de référence de ROBERT MORALES pour TRUTH est impressionnante et cette histoire (dessinée un peu vite…) résonne avec vous, même lorsque vous avez rangé le COMICS dans la pile des trucs que vous comptez relire dès qu’il pleut.

GIVE ME LIBERTY est une satire politique traitant de la seconde guerre de sécession des USA. C’est une sorte d’uchronie des plus jouissives, où le pays est divisé en factions extrémistes (NAZIS GAYS, INDIENS, TEXANS bouffeurs de viande, MUTANTS, MALADES de la chirurgie…) tout cela est vu à travers les yeux d’un personnage qui personnifie la voix la plus silencieuse des États-Unis… une jeune femme noire pauvre.
MARTHA WASHINGTON (imaginez un perso nommé JEANNE D’ARC, et vous aurez une idée de la signification de ce nom là-bas…). Elle va naître dans un ghetto vite transformé en prison, et s’engagera dans l’armée « LA PAX », pour survivre.
Inutile de vous dire que GIVE ME LIBERTY est l’un des deux chefs-d’œuvre de DAVE GIBBONS et peut-être le meilleur scénario de MILLER. C’est une création visionnaire dans sa forme et un omnibus de 600 pages (The Life and Times of Martha Washington in the Twenty First Century) devrait sortir dans quelques mois. C’est une réflexion épique sur la responsabilité en politique, l’ambition, le courage, la survie et l’émancipation des femmes modernes.

“ Martha Washington est un peu la Jeanne d’Arc américaine ”

MARTHA WASHINGTON vit dans un monde curieux et violent, mais il semble que les problèmes de parité homme femme aient disparu. Tout cela pour mettre en avant le vrai problème d’un futur proche, le partage du monde entre le nord et le sud, entre les riches et les pauvres.
Dans le second opus, Miller poussera la satire jusqu’à parler d’une société moderne où plus rien ne marche (les ascenseurs, les fonctionnaires, les armes, la morale…)

Bon, les superhéros, c’est sympa, la science-fiction, c’est mignon, mais… ET le COMICS non infantile dans tout cela, vous en faîtes quoi ? Faites entrer NAT TURNER et KYLE BAKER, encore une fois. Ce dernier est l’un des auteurs les plus doués de sa génération. CARTOONIST et créateur de DESSINS ANIMÉS récompensé, il a touché à tout, humour, adaptation biblique et littéraire, polar, satire de la guerre en Irak, dessins de presse et biographie(s). J’ai mis un (s) parce que je vais vous parler de NAT TURNER, vu que son livre sur OBAMA n’est pas encore fini

Si vous avez lu RACINES d’ALEX HALEY (ou que vous vous souvenez de la série tv avec Kounta Kinté) vous multipliez ça par 10, et vous aurez une idée de ce que vous envoie NAT TURNER. C’est l’histoire, sur plusieurs générations, de NOIRS kidnappés en Afrique pour être revendus comme esclaves. Dans cette famille déchirée et recomposée à la guise des maîtres esclavagistes, friands de main-d’œuvre pas chère, naîtra NAT TURNER. L’enfant deviendra le leader de la première rébellion d’esclaves armés.
Vous allez avoir besoin de vous coller une grille devant la bouche parce que votre mâchoire va se décrocher toute seule, lorsqu’une jeune esclave donnera naissance à son bébé sur le navire négrier qui va l’emmener à fond de cale au pays des libertés, elle et des centaines d’autres. Elle choisira de jeter son enfant aux requins. Je vous avais dit … une grille, juste pour éviter les mouches en été. Le dessin d’un noir charbonneux vous secoue les tripes.

“ Avec Nat Turner, votre mâchoire va se décrocher toute seule ”

Maintenant j’espère que vous avez bien bossé l’anglais à l’école parce que la plupart de ces comics ne sont pas traduits en français… La production de COMICS se diversifie de plus en plus chaque année et il est dorénavant inutile de compter bêtement les BLACKS dans les comics… Nombreux, grâce aux auteurs que j’ai cités, il n’y a, aujourd’hui, plus besoin d’avoir une bonne raison pour mettre un BLACK dans une histoire. WARREN ELLIS a choisi un BLACK pour être le perso principal de son histoire de SF, OCEAN, sans aucune raison particulière, juste l’envie de le faire.

Un peu comme en BD me direz-vous, oui… Mais le COMICS est d’abord passé par une longue période d’intégration, de lutte contre la censure et le COMICS CODE. (voir bonus track sur http://zetroubadour.blogspot.com), puis les mœurs ont changé. Parce qu’une bande d’artistes, d’éditeurs et de financiers ont voulu se battre pour quelque chose qu’ils estimaient juste. En Europe, la période d’affirmation n’a pas vraiment existé, car la BD a toujours été considérée comme un média pour les gosses (et même juste les scouts, parfois…)
La BD a su rester ce havre de paix jusqu’à MAI 68, après qu’une génération entière ait décidé de grandir avec elle. Cette évolution, le COMICS la faisait tous les 10 ans. Des cycles durant lesquels on gagne de nouveaux lecteurs, puis on grandit avec cette génération jusqu’à ce qu’ils abandonnent le COMICS pour chasser les filles. Alors, on repart chasser les KIDS et on recommence jusqu’aux années 80 où une vraie BD adulte de genre est née.
La somme de tous les combats idéologiques du siècle pouvait y être discutée tout en tuant des ninjas avec des saïs et en faisant des rondes la nuit dans son costume en cuir noir.
L’univers de la fiction est devenu plus complexe et les BLACKS ont pu enfin avoir des personnages presque réalistes, en tout cas plaisants à regarder.

“ La BD a toujours été considérée comme un média pour gosses, et parfois pour scouts ”

Pour finir, je vais vous montrer la séquence qui a fait couler des torrents d’encre et claquer des ampoules à des centaines de geeks sur INTERNET. NEW FRONTIER #4, la mort de JOHN HENRY. Inspiré d’une légende, JOHN HENRY (dans le comics de DARWYN COOKE), la corde autour du cou dans l’arbre, il est seul survivant du lynchage de sa famille. Il se forge un marteau en fonte, se fout une cagoule noire (tu la vois la symbolique, ami lecteur, la cagoule noire pour foutre sur la gueule des cagoules blanches) et il se remet autour du cou, le nœud du pendu. Et il claque du con du KKK à grands moulinets de marteau en fonte. Et ça, ça fait bien plaisir.

Puis on en vient à ladite séquence mythique.
JOHN HENRY est mal, tout le monde le cherche et pas que pour lui faire des guilis.

Il se cache et une petite fille blonde le voit. Il lui demande de l’aide…
Et pour ceux qui n’ont pas bossé à l’école, elle dit
« IL EST ICI ! IL EST ICI ! LE NÉGRO EST PAR ICI ! »

Et je ne parle même pas des autres minorités comme les Arabes ou les gays… ils seront le sujet d’une autre tribune.

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T for TROUBADOUR commence là où WART s’arrête… par un T.
La semaine prochaine « on verra… he he he »

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NEW FRONTIER © DC COMICS + DARWYN COOKE