YAPOU : entre outrance et décadence !

A chaque série choc, on croit saisir le faîte du glauque et de la provocation. La série SM-SF Yapou – Bétail humain repousse les frontières et se focalise non sur la mort et la torture mais sur la désintégration d’une humanité. N’oubliez pas vos gore-tex pour cette série gore-kitsch !

Dans les années 60, un Japonais et une Allemande font une balade à cheval. De retour de l’excursion, l’homme se baigne dans une rivière lorsqu’il entend sa fiancée hurler. Une soucoupe volante s’écrase à ses pieds et en sort évanouie Pauline, une naïade au prénom de livre pour enfants, nippée comme une Barbarella. Reprenant connaissance, elle aperçoit la fraulein vêtue de sa tenue équestre, cravache à la main, et son amoureux nu comme un ver. Pauline croit voir une aristocrate de sa planète, accompagnée de son yapou domestique.

Venue du 40ème siècle, la marquise Pauline Jansen appartient à une caste semi-divine, fruit d’une révolution féminine sur un autre système solaire : the Empire of Hundred Suns (EHS). Ces top-modèles dirigent un empire eugénique, raciste (les noirs esclaves boivent leur sainte urine) et imposent la ceinture de chasteté aux hommes. Maillot ultra-moulant, drogues hallucinées et masturbation hallucinante forment un assortiment malsain de catins plus soucieuses de leurs jouets (comme le godemiché yapou) que d’un avenir déjà tout tracé.

Dans le yapou, tout est de bon goût !

Les yapous descendent du peuple japonais et sont des êtres ayant perdu toute humanité. Ils sont une imitation entre l’homme et l’animal se nourrissant des excréments de leurs maitres ! Matière première aseptisée, recomposée puis designée de n’importe quelle façon, le yapou est destiné au bien-être de l’élite blanche (pot de chambre, coussin plantaire pour chaussures). Cette chair à playdoh va jusqu’à servir de combinaison pour la plongée sous-marine, transformation évoquant indirectement Xipe Totec, divinité aztèque de la végétation et du renouveau. On pratiquait en son honneur un sacrifice où des guerriers prisonniers étaient écorchés pour revêtir les nobles de leur peau durant plusieurs jours.

Sorti au Japon en 2003, le manga d’Egawa Tatsuya (Golden Boy) reprend fidèlement la trame du roman de Numa Shozo en posant sa touche, reconnaissable aux cils en pattes de mouches et aux poitrines généreuses. Prix Sade 2006 aux éditions Désordres, le roman a été prépublié en feuilleton à partir de 1956 avant d’encaisser sans trop broncher plusieurs menaces de mort de l’extrême-droite.

Entre ethnologie de comptoir et écologie fétichiste, Yapou est un nerf de bœuf pervers qui stimule nos sens d’une bonne dose de sadisme et de masochisme. Crash de la navette de Pauline prévu en avril chez Kami (second tome pour Juin), et d’ici là, bon appétit !

D’s©

Les images sont ©Yapoo EGAWA Tetsuya / Kami / 2007.